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Yoshi et le meilleur pays du monde (2/04/2014)


Dans les rues de Tiruvanamalai, ville indienne du sage Ramana Maharshi, inspirateur d'Eckart Tolle pour ceux qui connaissent l'auteur du "Moment Présent", je prends précisément le temps de m'asseoir sur le rebord d'un trottoir, à l'ombre, et de ne rien faire. Au bout d'un moment, un jeune homme passe et vient me saluer. Il me parle et me pose quelques questions sur moi et ma vie. Puis il arrive a sa question principale :

- Dis-moi, quel est le meilleur pays dans lequel vivre ?

Beaucoup de jeunes indiens espèrent un jour pouvoir sortir de leur condition matérielle difficile en travaillant dans un autre pays, plus riche, moins difficile, où les problèmes de santé sont supportés par le gouvernement, où le système de retraite peut leur permettre de ne pas se soucier de leur vieillesse, où les congés maladie ne sont pas des manques ou des rien-à-gagner... Mais sa question posée de cette manière m'interpelle.

- Tu veux dire : dans quel pays du monde ? dis-je.

- Oui dans le monde, où vaut-il mieux vivre ?

Je lui réponds que je n'ai pas voyagé dans le monde entier et que c'est assez difficile de répondre. Au fond de moi je m'interroge aussi : y a t-il un paradis sur Terre ?... Que veut-on dire par "vivre ici ou ailleurs"... Je ne vois pas... Je ne vois que des avantages à côtés d'inconvénients... Rien de clair. Alors je lui réponds ceci :

- Ecoute, tout dépend de ce que tu attends de ta vie... Si tu veux la simplicité dans un monde de spiritualité, tu choisis l'Inde ou la Thailande. Si tu veux de l'argent, tu vas à Dubai, si tu aimes voir d'autres pays, tu vas en Europe, si tu veux la liberté (mais il faut travailler dur aussi) tu vas aux Etats-Unis. Cela dépend de comment tu peux t'adapter aux climats, aux cultures, à la solitude, etc. Cela dépend aussi de ce qui est important pour toi dans la vie. Il y a des personnes qui aiment être proches de leur famille, d'autres qui aiment en être loin pour être libres, d'autres aiment le froid, d'autres le chaud, les plages, les déserts ou les montagnes, d'autres aiment apprendre de nouvelles langues, avoir de nouveaux amis, certains aiment les garçons, d'autres aiment les filles, certains aiment les grandes maisons, d'autres les petites maisons ou les grands jardins. Tout dépend tellement de toi, de tes rêves et de ta capacité d'adaptation.

- Mmm, dit-il, c'est un bon conseil... tu as raison Freddy. Quels pays as-tu visité toi ?

- Pas mal de pays, Yoshi... Mais j'aime l'Inde parce que les indiens sont adorables et que la culture me convient. Pour vous, le lien est plus important que tout le reste. A mes yeux c'est précieux, c'est l'essence de la vie. Mais c'est vrai que l'argent est très difficile à gagner ici, on le gagne quasiment au prix de sa vie. Il faut travailler vraiment dur ici.

Yoshi acquiesce. Autour de nous je regarde les travailleurs qui tapent et cassent le bitume de la route à la pioche sous le soleil de plomb. Ils portent sur leur tête des kilos de pierres enroulées dans un tissu fragile, ils sont maigres et je ne comprends pas où se cachent leur force. Pourtant ils sourient, ils se sourient. Ils savent s'amuser d'une bouteille d'eau qu'ils s'éclaboussent les uns sur les autres comme les adolescents qu'ils étaient il y a presque 30 ans de cela... Leur travail est insupportable à mon esprit, et pourtant...

C'est alors que Yoshi reprend la parole et me dit dans son anglais approximatif mais pourtant limpide, d'une voix assurée et évidente :

- "But Freddy, that hard work makes people lovely attitude"... Mais Freddy, c'est ce travail difficile qui donne aux gens leur comportement adorable.

Oh Yoshi... Ouvre-moi les yeux...

- Oui Yoshi, tu as raison, dis-je. You might be very right, Yoshi….

Une fois de plus je suis transporté dans un univers qui brise l'anthropocentrisme. Ici, à cet instant précis, ce que Yoshi vient de dire est une criante vérité. Tout autour de nous nous le prouve. Ces hommes et ces femmes sont ensemble et le savent. La dureté de leur travail ne voile pas leur connexion, elle la dévoile même au grand jour. Je regarde Yoshi dans les yeux. Je repense à notre monde où cette connexion d'âme à âme est étouffée, où l'idée de lien est tronquée par celui du jeu de la corde où chacun tire l'autre bout plus fort ; où le travail est de moins en moins celui de la terre et de plus en plus celui de l'argent et du virtuel. Où l'on ne rit plus avec, mais de... Nous travaillons dur, mais nous travaillons à nous oublier les uns les autres. Ce travail-là est sans doute le plus difficile à exercer. Bien entendu tout n'est pas blanc ni noir, mais j'admire le regard de Yoshi qui va chercher loin en lui le sens de ce qu'il vient de me dire et voit soudain son monde d'un regard plus aimant, et anime le mien d'un nouveau souffle. Quelques secondes de rencontre autour de la réalité. Il fronce les sourcils, ses yeux se fixent.

- Tout dépend de ce que je veux...? demande-t'il, pensif, comme s'il contemplait cette idée.

- Oui, dis-je, tout.

Soudain son visage s'ouvre. Ses yeux clignent. Il sourit.

- Je crois que je sais maintenant, dit-il. Sous sourire grandit.

Il sourit peut-être parce qu'il vient de voir que ce qu'il veut profondément, il l'a déjà, et ce depuis toujours. Et cela le rend heureux. Il me prend dans ses bras. Je lui rappelle de garder en lui cet esprit pur qui l'habite.

- Oui, dit-il, je le garderai, grâce à toi.

Je revois encore son sourire sur son visage. Et je souris à mon tour. Grâce à lui.


- Frédéric Florens-Haugerud

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