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Le parfum de la rose


Lorsque la croyance en un « moi » est tombée, lorsque la croyance en un moi séparé, faisant des choix par lui-même, dirigeant sa vie s’est évanouit, il y a un réveil à au divin, qui est aussi ce qui apparaît devant soi à chaque instant : le réel.

Dans l’expérience de ce corps qui écrit, il y a un avant et un après.

Et ce n’est pas seulement que la croyance en ce « moi » est tombée, car elle avait déjà été affaiblie de temps à autre ; c’est qu’en tombant elle s’est dissipée comme un colosse au pieds de sable. Il n’a plus aucun consistance, plus aucune solidité et ne peut plus oublié qu’il est de sable s’il se rebâtit. S’il apparaît, il ne peut plus être vraiment pris au sérieux. Cela change tout.

Lorsque je regarde mon histoire, celle des cellules de ce corps physique et de ce corps mental dont je suis conscient, je vois qu’il y a eu de nombreux « avant/après » à travers des expériences qui ont changé les directions de ma vie. Mais toujours ce colosse aux pieds de sable se reconstruisait et ne croyait puissant. Il se croyait être un individu à part entière qui avançait peut-être vers plus de flexibilité, de finesse de coeur, de bienveillance...Mais qu’est-ce qui avançait ? Du sable ?

Aujourd’hui, dans l’expérience de ce corps qui écrit, il y a beaucoup de surprises à regarder le monde qui m’entoure, à la fois réel et éphémère. Comme dans un rêve, ce qui est éphémère prend l’apparence du réel, ce qui est éphémère semble prendre l’apparence de l’éternité. Ainsi en est-il de l’idée du « moi » et du « monde » également.

Je suis surpris de relire les textes des sages et de m’étonner de voir que ce que j’avais compris de leurs pensées était à la fois proche de ce que je comprenais désormais, et à la fois infiniment différent. Il me faudrait dire plutôt que je me suis mis à relire ces textes à cause du changement de perspective. Ce changement de perspective me faisait vivre des expériences d’une toute nouvelle et inattendue pureté. Par exemple, un jour, dans le métro parisien, je cherche quelques pièces pour une mendiante qui passait. Au moment où elle approche ses mains en aubole des miennes, le monde s’évanouit et le regard me transfère dans le corps de la mendiante. Je suis la mendiante qui tend ses mains en aubole à un inconnu. Un inconnu qui n’est plus inconnu parce qu’il est déjà en elle. Je sens alors les pièces se poser sur les paumes de ma mains, et l’instant d’une autre seconde je sens un chaleur douce envelopper mes mains, car cet inconnu qui venait de déposer des pièces venait aussi de serrer tendrement ses doigts sur les miens. Je me donnais à moi-même, je recevais de moi-même, je me rencontrais des deux côtés de la dualité au point même où elle s’évanouit. Des deux côtés les choses étaient irréelles, mais des deux côtés il y avait pour la première fois une véritable rencontre du soi avec le soi.

Le mot qui pourrait se rapprocher le plus pour qualifier ces rencontres sans séparation serait peut-être le mot « amour », mais je n’en sais plus rien. Quand la rose retrouve son parfum et que l’altérité retrouve son autre, je ne sais plus bien s’il s’agit de l’amour au sens où nous l’entendons généralement. L’amour inconditionnel serait peut-être cela, mais vu comme la conséquence d’un état et non pas comme la cause d’une action.

A travers des expériences de ce type, il me semblait évident que les mots des textes des maîtres contenaient en réalité beaucoup plus de vérité que je ne l’avais imaginé. Je retournais alors à leur lecture et ne cessait de m’étonner, de m’émerveiller : comment avais-je pu mécomprendre leur pensée ?

Avant je lisais : « Le monde est une histoire d’amour avec soi-même » et je me disais que c’était beau, et cette idée éveillé en moi un sentiment de bien-être, d’ouverture, de confiance, de proximité avec le monde et avec moi. Mais aujourd’hui, je réécris et je lis la même chose et pourtant je n’y vois plus l’idée ou le sentiment du beau, je ne sens plus la croyance qui oeuvre à construire une histoire belle du monde réel de l’éveillé. J’y vois la pure réalité, non plus l’histoire aphorisée de la réalité, mais la réalité elle-même. Et c’est etraordinaire ! Et en même temps, n’’est-ce pas curieux ? N’est-ce pas intrasmissible ?

Je sais qu’il est normal de relire nos auteurs préférés des dizaines de fois et d’y trouver à chaque fois de nouvelles choses. J’ai eu ces expériences aussi. Mais là, il ne s’agit pas de voir d’autres choses, mais, soudain, de lire complètement autre chose. C’est comme si un jour on voit l’extraodinaire, et le jour suivant l’extraordinaire est si fort qu’il se répète à l’infini.

Peut-être que si j’avais à trouver un mot juste à l’heure actuelle, ce serait de dire que je lis désormais les maîtres avec un regard littéral et non pas poétique, abstrait, spirituel, symbolique. Ce que disent les grands maîtres est ce qui est, littéralement ; parce que ce qu’ils disent vient de l’expérience directe, et pas d’une construction mentale. Ils utilisent le mental pour traduire l’expérience de l’Essence. L’Essence est première, directe, et infuse leurs mots. Ils ne construisent pas l’Essence à partir de leur mental, leur mental y est totalement subordonné.

Voilà ce qui est vertigineux aujourd’hui. Quand je lis les maîtres, c’est comme si je me lisais, et quand je mendie dans la rue, c’est comme si j’écrivais ce texte. Où puis-je ne pas être en sécurité puisqu’il n’y a que Moi partout - à défaut de dire qu’il n’y a pas de « moi » ?


- Frédéric Florens-Haugerud, Norvège, novembre 2014.

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