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Colosse au pieds de sable


Lorsque la croyance en un « moi » est tombée, lorsque la croyance en un moi séparé, faisant des choix par lui-même, dirigeant sa vie s’est évanouit, il y a un réveil à au divin, qui est aussi ce qui apparaît devant soi à chaque instant : le réel.

Dans l’expérience de ce corps qui écrit, il y a un avant et un après.

Et ce n’est pas seulement que la croyance en ce « moi » est tombée, car elle avait déjà éclaté de temps à autre ; c’est qu’en tombant elle s’est dissipée comme le colosse au pieds de sable de Victor Hugo. Il n’a plus aucun consistance, plus aucune solidité et ne peut pas être rebâtit sans savoir qu’il n’est que sable, et cette connaissance change tout. S’il apparaît, il ne peut plus être vraiment pris au sérieux.

Lorsque je regarde mon histoire, celle des cellules de ce corps physique et de ce corps mental dont je suis conscient, je vois qu’il y a eu de nombreux « avant/après » à travers des expériences qui ont changé les directions de ma vie. Mais toujours ce colosse aux pieds de sable se reconstruisait et ne croyait puissant. Il se croyait être un individu à part entière qui avançait peut-être vers plus de flexibilité, de finesse de coeur, de bienveillance...Mais qu’est-ce qui avançait ? Du sable ?

Aujourd’hui, dans l’expérience de ce corps qui écrit, il y a beaucoup de surprises à regarder le monde qui m’entoure, à la fois réel et éphémère.

Le réel n’est pas éphémère, mais comme dans un rêve, ce qui est éphémère prend l’apparence du réel, ce qui est éphémère semble prendre l’apparence de l’éternité. Ainsi en est-il de l’idée du « moi » ou du « monde » également.

Je suis surpris de relire les textes des sages et de m’étonner de voir que ce que j’avais compris de leur pensée était à la fois proche de ce que je comprenais désormais, et à la fois infiniment différent.

Mais il me faudrait dire plutôt que je me suis mis à relire ces textes à cause du changement de perspective que je réalisais. Ce changement de perspective me faisait vivre des expériences d’une toute nouvelle et inattendue pureté.

Par exemple, cette rose là, posée dans le jardin qui embaume jusque devant l’entrée de la maison... Lorsque je suis revenu chez moi, j’ai senti son parfum avec une acuité toute nouvelle. Son parfum était si présent que le monde a cessé d’être un instant. Le regard a laissé mon corps physique faire ce qu’il faisait, et est venu se poser sur la nature même du parfum. J’étais ce parfum. Et ce parfum était la rose. J’étais la rose et le parfum. Il n’y avait plus 2 choses distinctes. La rose avait retrouvé son parfum.

Un autre jour, dans le métro parisien, je cherche quelques pièces pour une mendiante qui passait. Au moment où elle approche ses mains en aubole des miennes, le monde s’évanouit et le regard me transfère dans le corps de la mendiante. Je suis la mendiante qui tend ses mains en aubole à un inconnu. Un inconnu qui n’est plus inconnu parce qu’il est déjà en elle. Je sens alors les pièces se poser sur les paumes de ma mains, et l’instant d’une autre seconde je sens un chaleur douce envelopper mes mains, car cet inconnu qui venait de déposer des pièces venait aussi de serrer tendrement ses doigts sur les miens. Je me donnais à moi-même, je recevais de moi-même, je me rencontrais des deux côtés de la dualité au point même où elle s’évanouit. Des deux côtés les choses étaient irréelles, mais des deux côtés il y avait pour la première fois une véritable rencontre du soi avec le soi.

Le mot qui pourrait se rapprocher le plus pour qualifier ces rencontres sans séparation serait peut-être le mot « amour », mais je n’en sais plus rien. Quand la rose retrouve son parfum et que l’altérité retrouve son autre, je ne sais plus bien s’il s’agit de l’amour au sens où nous l’entendons généralement. L’amour inconditionnel serait peut-être cela, mais vu comme la conséquence d’un état et non pas comme la cause d’une approche.

Ces exemples qui me viennent tête sont des échantillons d’événements qui sont venu rappeler certains textes à ma mémoire. Il me semblait soudain que les mots des textes des maîtres avaient beaucoup plus de profondeurs que je ne l’avais imaginé avant. Je retournais alors à leur lecture et ne cessait de m’étonner, de m’émerveiller : comment n’avais-je pas pu voir cela avant ?

Avant je lisais : « Le monde est une histoire d’amour avec soi-même » et je comprenais « le monde est une histoire d’amour avec soi-même ». Aujourd’hui, je lis la même chose et je comprends la même chose. Mais totalement différemment.

N’est-ce pas curieux ? N’est-ce pas intrasmissible ?

Peut-être que si j’avais à trouver un mot juste à l’heure actuelle, ce serait de dire que je lis désormais les maîtres avec un regard absolument littéral et non pas poétique, abstrait, spirituel, symbolique. Ce que disent les maîtres est ce qui est, littéralement, parce que ce qu’ils disent ne vient pas du mental, mais de le regard premier au monde.

Ce regard premier au monde n’est pourant pas celui de la naïveté qui prend tout ce qui vient pour vérité. C’est une regard

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